Catalogne : une farce au goût amer

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(Don Quichotte – Musée Dali – Figueres, Espagne – 2010)

[Actualisé au 22 décembre]

Dimanche 1er avril octobre, s’est tenue une consultation organisée par le gouvernement catalan en vue d’une possible indépendance.

Résultat ? Deux niveaux de lecture.

Politiquement d’abord. Si la Catalogne peut s’enorgueillir d’un score extrêmement positif, l’Espagne peut se réjouir de la faiblesse de la participation – accentuée par les moyens mis en oeuvre. 1 partout, la balle au centre ?

Médiatiquement ensuite. Les images qui ont émaillé la journée de dimanche sont accablantes pour l’Espagne. Celle-ci a réussi  à transformer une farce électorale en plébiscite indépendantiste.Encore heureux que le bilan final ne compte aucun mort. Un deuxième bloody Sunday aurait été du pire effet. Le gouvernement de Rajoy a visiblement oublié qu’un combat politique se gagne ou se perd devant l’opinion publique.

Voilà l’Europe en grande difficulté sur une situation politiquement explosive. Cette tension, intenable à la longue, risque à tout moment de dégénérer. Le silence assourdissant des autorités européennes témoigne de la difficulté à se positionner raisonnablement face à la posture extrême de chacune des parties. Au refus catégorique des Espagnols d’entendre la voix des catalans s’ajoute la détermination forcenée de ces derniers de tenir coûte que coûte un référendum. La bêtise des uns et des autres, loin de s’annuler, se cumule.

Pourtant, il existe une troisième voie, celle de la raison et de l’état de droit. On ne retient jamais impunément une population contre sa volonté. L’histoire l’a montré, à maintes reprises. Pour autant, l’éventuelle sortie de la Catalogne doit se faire dans le calme et la sérénité. Pour cela, il faut, de chaque côté, organiser les conditions d’une consultation légitime aux modalités claires et inattaquables. L’Espagne et la Catalogne doivent prendre exemple sur le référendum organisé en 2014 en Ecosse. Si la Constitution espagnole paraît assez stricte, une consultation pourrait être envisagée, consultation dont le Gouvernement s’engagerait à mettre en oeuvre le résultat.

Si l’Espagne s’est ridiculisée, la Catalogne ne doit pas oublier qu’elle n’a aucun intérêt à cette situation. En effet, il convient de ne pas oublier que l’Espagne aurait certainement son mot à dire sur l’adhésion de la Catalogne. Cette thèse développée par le Président de la Commission européenne, Romano Prodi considère qu’un territoire qui se sépare d’un Etat membre quitte de ce fait l’Union et doit formuler une demande d’adhésion en bonne et due forme. Au demeurant, la Catalogne aspire à être membre d’un espace européen dans lequel elle côtoiera l’Espagne. Autant commencer dès maintenant à tisser de bons rapports.

Ce ne fut malheureusement pas la voie choisie par une majorité d’élus en Catalogne qui préférèrent proclamer une indépendance de façade, tout de suite perdue avec la suspension de l’autonomie par Madrid le vendredi 27 octobre.

Si la dissolution du Parlement catalan retarde d’autant un règlement pacifique de la question, les futures élections devaient permettre de clarifier quelque peu la situation. Trois scénarios étaient à envisager :
– une victoire claire des indépendantistes qui, il fallait l’espérer dans ce cas de figure, conduirait le Gouvernement espagnol à organiser une véritable consultation pour résoudre la crise ;
– une faible victoire des indépendantistes qui pourrirait davantage la situation. Ceux-ci mettraient en avant leur victoire, alors que les autres considéreraient qu’ils n’ont pas obtenu de véritable mandat ;
– une victoire des pro-Espagne qui mettrait un terme – temporaire ? – à la crise.
Seul ce dernier scénario offrirait à Madrid une sortie par le haut de la crise. Dans les deux premiers, le Gouvernement espagnol pourrait n’avoir fait que renforcer la détermination des indépendantistes, tout en perdant la face.

En fin de compte, c’est le scénario 2 qui a eu lieu, une faible victoire des indépendantistes qui pourrai affecter la nécessaire résolution de la crise en Catalogne. Désormais, c’est sans attendre que les dirigeants espagnols et catalans doivent revenir sur la voie du dialogue. Dans ce cadre, l’Union européenne doit avoir un rôle particulier à jouer dans cette médiation. Elle doit pouvoir être l’interlocuteur privilégié entre les Etats et entre ceux-ci et leurs peuples. Il s’agit d’éviter que la farce ne vire à la tragédie.


De l’Allemagne à la Suisse, vous pourrez retrouver une série d’articles sur les Etats d’Europe ici.

 

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