Brexit : le primat de l’économie

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(Harrods – Londres, Royaume-Uni – 2011)

Au cours de la campagne présidentielle américaine de 1992, le président en exercice Georges Bush fut battu par un quasi inconnu, Bill Clinton. Pourtant, le locataire de la Maison Blanche était auréolé de plusieurs événements diplomatiques majeurs, notamment la bonne conduite de la déliquescence de l’URSS. Pour expliquer cette défaite, le conseiller de son adversaire eut cette formule restée célèbre : « It’s the economy, stupid ! ». Les attentes économiques avaient ainsi permis de renverser le prestige international.

Le primat accordé à l’économie dans notre société a connu une confirmation récente avec le discours délivré à Florence par Theresa May fin septembre 2017. Les différences entre ce discours et celui du 17 janvier sont édifiantes (voir En avant pour le « flou » Brexit). Sur la forme d’abord. En janvier, Theresa May délivrait la parole du Royaume-Uni à Londres. Sûre de sa force, elle ne doutait pas que chacune de ses paroles résonnerait sur tout le continent. En septembre, elle se déplaçait à Florence, au cœur de l’Europe, pour arriver à se faire entendre. Sur le fond maintenant. En janvier, elle bravait l’Europe à plusieurs reprises, tout en se permettant de rester dans le flou. En septembre, elle clarifiait ses propos, s’alignant sur nombre des exigences européennes.

Ce changement de posture s’explique aisément. Les discussions d’égal à égal dont rêvaient les Britanniques ressemblent en réalité à un échange entre David et Goliath. Comme le relevait The Evening Standard, lorsque 27 renards et une poule discutent du repas, on sait déjà qui va finir dans la casserole.

Surtout, l’atmosphère économique a considérablement évolué. La livre continue de baisser. Surtout, la croissance patine, au point que le Royaume-Uni devrait connaître la hausse la plus faible du G8. On a connu mieux comme succès.

En parallèle, le secteur économique ne veut pas d’une séparation brute et totale avec l’Union. En effet, une telle rupture aurait des conséquences néfastes tant les entreprises britanniques ont besoin d’accéder au marché intérieur.

Dès lors, pour éviter à tout prix le saut dans l’inconnu, les Britanniques repoussent autant que faire se peut le bord de la falaise, acceptant – quémandant ? – aujourd’hui une période de transition (voir Brexit : la possibilité d’une île ?).

Pour autant, ces concessions externes risquent de provoquer des contestations internes, à commencer par l’une des figures de proue du Brexit, Boris Johnson jusque là plutôt silencieux. Cette opposition de façade est propice à une hystérisation du débat sans offrir de véritable solution de compromis.

Dans La Haine de Matthieu Kassovitz, l’un des protagonistes raconte cette histoire. Un homme chute d’un immeuble et se répète, à chaque étage, pour se rassurer : « Jusqu’ici, tout va bien… ». Longtemps, le Royaume-Uni s’est complu dans un certain aveuglement politique. Il faut croire cependant que le sol approchant, les Britanniques ont fini par se déciller. Le choc, s’il devait y avoir lieu, touchera principalement le Royaume-Uni. L’Union européenne ne devrait subir, au pire, que les éclaboussures (Image inspirée d’un article de Joris Luyendijk ici).


Sur le Brexit, de nombreux articles à retrouver ici. Le dernier billet est là : Brexit : que vive Busiris en Europe !.

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