Brexit : la possibilité d’une île ?

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(London Bridge – Londres, Royaume-Uni – 2011)

Par le biais des nombreux papiers reflétant l’état des réflexions et les pistes d’avenir pour sa future relation avec le continent, le Royaume-Uni sort peu à peu du flou qui avait entouré le processus de retrait de ce pays (voir En avant pour le « flou » Brexit).

L’ensemble de ces papiers s’inscrit dans une stratégie réaliste. En effet, le Royaume-Uni, comme l’avait d’ailleurs déjà annoncé Theresa May en janvier 2017, souhaite le « partenariat le plus large et profond possible » avec l’Union européenne.  Il n’y aura ni hard Brexit, ni rupture claire et nette avec le continent. Comme séparation, on a connu plus efficace.

Et c’est une stratégie à deux niveaux qui se profile, stratégie qu’il convient de dévoiler pour ne pas tomber dans les discours simplificateurs qui ne manqueront pas à nouveau de tomber ici et là.

En effet, il est probable que le Royaume-Uni obtienne des gains symboliques à même de satisfaire certains penchants eurosceptiques. Ainsi, il pourrait sortir de l’orbite « directe » de la Cour de justice de l’Union européenne. On pourrait aussi supposer que le Royaume-Uni ne contribue plus au budget européen.

Mais, ce ne sont là que des abus de langage. Vu que le Royaume-Uni cherche à accéder au marché intérieur de l’Union européenne, il doit logiquement se soumettre aux règles qui le régissent et contribuer à son fonctionnement. Le Royaume-Uni resterait donc soumis indirectement à ce que dira la Cour de justice. De même, le Royaume-Uni participera financièrement aux politiques européennes. Au mieux, il sera une nouvelle Suisse, et n’aura de souveraineté que l’apparat (voir La Suisse ou l’illusion de la souveraineté).

Sur le plan des accords commerciaux, après s’être gargarisé de pouvoir décider seul de leurs futurs traités internationaux, le Royaume-Uni a décidé de promouvoir une stratégie de « copier-coller » des accords actuels de l’Union européenne. La visite au Japon de Theresa May fin août devait permettre de défendre cette orientation. Problème, les Etats tiers sont d’abord intéressés par le marché intérieur européen, reléguant les questions britanniques aux calendes grecques.

Certainement, la tentation du Grand Large, la nostalgie de l’Empire ont contribué au Brexit (voir La tentation du passé). Toutefois, depuis le vote, le Royaume-Uni (re)découvre qu’il n’a de l’île que l’apparence. Pour le reste du monde, il est certes devenu un ilot isolé dans l’immensité de l’océan. Face à l’Union, il n’est encore qu’une presqu’île solidement amarrée au continent.


Sur le Brexit, voir notamment le dernier discours de Theresa May (Brexit : le primat de l’économie) et les contorsions juridiques du Royaume-Uni pour concilier ses contradictions (Brexit : que vive Busiris en Europe !).

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