Brexit : année 0

P1000049

(London Eye, Londres, 2011)

C’était il y a un an. La presse britannique eurosceptique louait la soudaine liberté retrouvée de son pays. En Europe, les mouvements populistes se félicitaient de la fin annoncée de cette construction européenne décrite comme la prison des peuples 2.0. Ne parlait-on pas alors d’ « UERSS » ? Le premier domino venait de tomber. Les autres ne tarderaient pas à suivre. C’était écrit. Cela tombait bien, l’année suivante des élections avaient lieu dans au moins 3 des pays fondateurs (Pays-Bas, France et Allemagne). L’occasion était trop belle de reproduire le phénomène. Encore une fois, les Anglais avaient tiré les premiers. Que pouvaient faire les Européens si ce n’est se lamenter sur l’unité perdue ?

Il est étonnant de voir combien le panorama catastrophique ou triomphant selon le point de vue considéré a souffert du passage du temps.

Où sont les triomphateurs du Brexit ? Nigel Farage se plaît à percevoir ses rémunérations à Bruxelles. Boris Johnson continue à amuser la galerie. Quant aux mouvements populistes qui attendaient de recevoir les retombées du Brexit, ils en sont pour leur frais (voir Les populismes à l’épreuve de l’Europe). Le passage du premier tour par Marine Le Pen ne doit pas cacher son faible score au second tour, alors que son allié néerlandais échouait dans sa conquête du pouvoir. Ces événements ont montré le plafond de verre que constituait la question européenne, plafond de verre renforcé depuis le Brexit. Loin de montrer la marche à suivre, le Brexit a donné l’exemple à ne pas reproduire. Un an après, la seule figure politique qui avait su émerger avec le Brexit vient d’échouer à remporter une victoire annoncée (voir Brexit : l’inconséquence électorale). Au même moment, la croissance semble marquer le pas, devant l’incertitude complète dans laquelle se retrouve l’économie britannique.

De plus, le Brexit a, semble-t-il, agi comme un coup de fouet pour une sphère bruxelloise habituée à gérer un projet, non à le faire avancer. Soudainement consciente que cette construction politique pouvait être mortelle, la mobilisation a été générale.

Faisant preuve d’une très – trop – rare unité, les Européens ont su faire taire leurs différends, s’accordant autour d’une feuille de route commune en un temps record. L’objectif ? Afficher la force de leur cohésion. Il est vrai que l’union des Européens a été facilitée par les hésitations, les errements britanniques qui ont fait prendre conscience aux plus anglophiles que manifestement, les Britanniques vivaient dans un « autre monde ». Seule la dure réalité pourrait les ramener à quelque chose de plus raisonnable.

Conséquence ? Ce sont les Britanniques qui rechignent à sortir. Les deux ans – délai fixé par l’article 50 du Traité sur l’Union européenne – apparaissent soudainement bien courts pour des dirigeants qui ont feint de croire qu’il serait facile de sortir de 45 ans de réglementations – ou ont préféré l’ignorer totalement. A cette impréparation initiale, il faut ajouter le flou qui entoure la stratégie développée par la Premier ministre. Loin d’un plaidoyer pour le « hard Brexit », le discours du 17 janvier a révélé de fortes hésitations (voir En avant pour le « flou » Brexit). Ils ont donc pris leur temps pour déposer leur notification de sortie (voir 3…2…1… Brexit !). Ils viennent récemment d’accepter l’agenda de négociations établi par les Européens : discussions d’abord autour de la sortie, avant d’envisager de parler de la future relation.

En attendant la résolution du Brexit, les Européens se sont enfin résolus à sortir du statu quo, le milieu du gué étant devenu intenable. La Commission européenne et les Etats membres ont lancé, en parallèle, de nombreuses pistes sur le devenir global de la construction européenne, mais aussi sur des sujets thématiques : la zone euro, l’Europe de la défense… Il importe évidemment que toutes ces belles initiatives ne soient pas juste des vœux pieux, rejoignant la longue liste des rapports non-suivis d’effet (voir Les 27 en quête d’un cap).

Il est de coutume que le vainqueur du « Crunch », c’est-à-dire du match opposant chaque année les Français et les Anglais durant le tournoi des 6 Nations, félicite le perdant avec ces mots : « Good game ». Sentence à double sens, puisqu’elle sous-entend à la fois « bien joué » et « vous avez quand même perdu ». On ne peut mieux résumer l’aventure du Brexit. Bien joué, grâce à aux Britanniques, l’Europe avance enfin. Mais, la beauté du geste risque d’avoir quand même pour eux un goût amer.


Pour cette anniversaire du Brexit, deux autres billet suivront :
– le 23 juin : une nouvelle sur le Brexit : Brexit : tragédie shakespearienne ;
– le 24 juin : un abécédaire sur le Brexit : Abécédaire du Brexit

2 commentaires Ajoutez le vôtre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s