Brexit : l’inconséquence électorale

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(Affiche électorale – Luxembourg, 2017)

Albert Einstein, jamais avare de bons mots, avait relevé que « la folie, c’est de toujours faire la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». Comment ne pas y voir un parallèle avec la situation qui a conduit Theresa May à reproduire la stratégie de David Cameron ? L’un comme l’autre avaient pensé tenir leur parti en sollicitant l’avis du peuple. Les deux ont échoué. Le Brexit serait-il une machine à défaire les hommes politiques britanniques ?

En 2013, David Cameron, alors Premier ministre d’une coalition Conservateurs/Libéraux-Démocrates, avait proposé un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne.

Cette consultation devait bien évidemment se traduire alors par une victoire du « oui ». Quel intérêt pouvait-il y avoir à entendre un peuple sur une organisation dont il est déjà membre et pour lequel on aimerait qu’il le reste ? Est-ce là la fonction d’un dirigeant, de soumettre au risque électoral un projet considéré comme utile et pertinent par ce même dirigeant ?

Derrière cette manoeuvre, il s’agissait de gagner les élections législatives de 2015 et d’unir le parti face à la menace grandissante de l’UKIP. Ce parti, bien que faiblement représenté au Parlement britannique compte tenu du système électoral, pesait de plus en plus sur les scores des Tories. En parallèle, les velléités de départ de certains Tories vers l’UKIP se multipliaient.

Si la stratégie de David Cameron lui permit d’obtenir une majorité absolue aux élections législatives de 2015, elle se solda par le vote en faveur du Brexit en 2016. Et David Cameron eut un rôle particulier dans cet échec. Outre une campagne désastreuse et hypocrite – après avoir critiqué autant de fois l’Union européenne, quelle crédibilité pouvait-il avoir à la défendre ? -, il ne sut pas diriger ses troupes. Comme François Hollande en 2005 lors du référendum sur le Traité constitutionnel,  il toléra que ceux qui ne partageaient pas la ligne du « oui » fassent campagne pour le « non ». Cette brèche dans la discipline traditionnelle d’un parti – particulièrement forte au Royaume-Uni – servit amplement, et notamment à Boris Johnson qui y vit une occasion en or de devenir le porte-étendard du « non » – et un premier ministrable potentiel -. Bilan, David Cameron fut contraint de se retirer, et les divisions du parti furent étalées au grand jour, entre pro-UE et anti-UE.

Le parti écartelé entre ces deux tendances centrifuges, il fallut toute la science politique de Theresa May pour refaire l’unité de son parti. D’une part, elle opéra une transformation radicale : considérée comme partisane du « oui », elle endossa les habits de héraut du « non ». D’autre part, elle tut toute stratégie autour du Brexit, sortant de la dichotomie soft/hard pour privilégier le flou à même de ne froisser personne (voir En avant pour le « flou » Brexit).

Là encore, un temps, l’opération fonctionna. Elle était la « Dame de fer 2.0 » du Royaume-Uni, la seule à même capable de lutter pour obtenir le meilleur accord possible.

Et puis ? Et puis, quelqu’un, peut-être la même personne qui avait conseillé David Cameron, suggéra des élections législatives anticipées. Officiellement, il s’agissait d’obtenir une majorité confortable pour soutenir le Gouvernement britannique dans ses négociations sur le Brexit. En réalité, la manoeuvre permettait surtout de ne pas faire coïncider le retrait du Royaume-Uni avec l’Union européenne et les prochaines élections. De peur que le premier n’impacte sur les secondes. Preuve d’ailleurs du manque de confiance des responsables anglais sur le Brexit et ses chances de succès.

Là encore, l’échec fut au rendez-vous. Echec relatif certes. Les Conservateurs restent le premier groupe politique – et de loin – au Royaume-Uni. Mais, en plus d’avoir ragaillardi ses adversaires du Labour, la faiblesse de la victoire a réveillé le vieux démon de la division. Certainement, Theresa May restera au poste. Pour le moment, tout du moins. Faute d’alternative crédible. Mais, sa place n’est plus assurée. Avec cette élection, Theresa May voulait avoir les mains libres. Finalement, Theresa may not.

En parallèle, ce résultat mitigé éloigne le début des négociations avec l’Union européenne, puisque Theresa May doit d’abord se trouver des alliés et un programme commun. Pourtant, le temps joue contre le Royaume-Uni. L’activation récente de l’article 50 du TUE a lancé le compte à rebours. En mars 2019, sauf accord réciproque, le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne (voir 3…2…1… Brexit !).

Pourtant, malgré ce délai contraint, certains n’excluent pas que de nouvelles élections aient lieu pour remédier à la précarité du futur Gouvernement. Une nouvelle – et dernière ? – réplique au séisme du Brexit. La séquence électorale est loin d’être terminée. Errare humanum est, diabolicum perseverare.


Voir les billets consacrés à l’anniversaire du Brexit (Brexit : année 0) et aux Brexiters (Qu’arrive-t-il au camp du Brexit ?)

Sur le Brexit, voir aussi les 26 entrées de A pour Avenir à Z pour Zigzag développées dans Abécédaire du Brexit

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10 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. laurentlarismo dit :

    très bon article. un futur 1000 vues en perspective !

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  2. simple-touriste dit :

    « il toléra que ceux qui ne partageaient pas la ligne du « oui » fassent campagne pour le « non ». »

    Avait-il le choix? Pouvait-il prendre le risque d’une division du parti avec la moitié qui rejoigne UKIP?

    Et pourquoi penser que c’est une faiblesse de laisser les gens dans son parti défendre leur opinion? Le caporalisme serai-il une bonne chose tout d’un coup?

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    1. Je pense qu’il avait le choix. D’ailleurs, sa stratégie n’a fait que retarder les divergences inévitables entre les pro-UE et les anti.

      Je crois qu’un parti doit faire vivre un débat en son sein, et non l’exposer en place publique. Cela fragilise sa cohérence et son message.

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