Bruxelles et les lobbys : fantasme d’une réalité

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(Publicité sur un bâtiment – Bruxelles, Belgique – 2012)

« Bruxelles », ce terme générique utilisé à tort pour décrire des réalités extrêmement différentes a déjà fait l’objet d’une précédente analyse : Bruxelles : qui se cache derrière ?. Après ce décryptage initial, il convient d’appréhender un autre volet de la sphère « européenne » : les lobbys.

En effet, les lobbys ont, en France, particulièrement mauvaise réputation. Notre pays, bercé dans l’idéal de l’intérêt général, a toujours été réticent à admettre droit de cité à des groupements d’intérêts Le recours au terme anglais dénote d’ailleurs souvent une appréciation péjorative de la fonction.

Néanmoins, les lobbys existent – c’est un fait. Et on les trouve en nombre, à Bruxelles – c’est une réalité. La capitale belge est ainsi au deuxième rang, derrière Washington, si l’on tient compte du nombre de groupements d’intérêts identifiés.

Force est de constater que tout ce monde ne vient pas principalement pour suivre la politique nationale belge ni pour analyser la différence entre les gaufres liégeoises et bruxelloises. En effet, c’est bien parce que Bruxelles est le lieu d’expression du pouvoir de l’Union européenne, c’est-à-dire le lieu où sont adoptées les décisions (Rappel : le pouvoir normatif de l’Union est entre les mains de la Commission, du Conseil – les Etats – et le Parlement européen, trois institutions présentes à Bruxelles. Voir Le fonctionnement de l’Union pour les profanes).

Pour autant, quelle est la place réelle des lobbys en Europe ?

Tout d’abord, derrière les lobbys, se cachent un éventail de situations. On peut bien sûr penser à des groupes d’intérêt plutôt détestés par les citoyens (entreprises pharmaceutiques, …). Néanmoins, cela n’est qu’un aspect de la réalité. Il existe bien d’autres groupes  d’influence sur lesquels peu de gens trouveraient à redire  : syndicats, associations écologistes, …

Ensuite, le pouvoir de décision n’est pas entre les mains des lobbys. Ils peuvent exercer une influence, mais ils n’ont pas le dernier mot. Or, toute influence n’est pas mauvaise en soi, comme le prouve un exemple déjà cité précédemment, sur l’interdiction de la pêche en haut profonde (voir ici). De même, la Commission procède avant tout projet de décision à une large consultation publique à laquelle chacun peut participer. C’est le meilleur moyen de saisir et d’appréhender les attentes et les risques du projet envisagé.

Néanmoins, il est vrai qu’il y a eu parfois des abus. Ainsi, le journal britannique, The Sun, s’est fait une habitude régulière d’attraper des eurodéputés prêts à monnayer leur vote. Plus récemment, l’affaire Barroso a rappelé les liens parfois ténus entre certaines personnes et des entreprises privées (L’affaire Barroso : retour sur un immense gâchis).

Toutefois, ces quelques situations ne doivent pas aboutir à une défiance généralisée quant aux hommes ou aux institutions.

La transparence ne cesse de gagner du terrain à Bruxelles, qui fut, il est vrai, longtemps un trou noir médiatique. A cet égard, les institutions européennes ont adopté un registre d’enregistrement des lobbys pour signaler toute entrevue avec des personnes appartenant à un groupe d’intérêt. Cela peut sembler peu. Pourtant, c’est déjà beaucoup. Certes, son application demeure encore parcellaire – les représentations permanentes des Etats ne s’y soumettent pas.  Au niveau national, la France, sûre de son exemplarité et de celle de ses élus, a instauré un système moins abouti – et seulement au niveau de l’Assemblée nationale.

Les groupements d’intérêt ne sont pas une menace en soi, ils peuvent utilement apporter une contribution. Encore faut-il s’assurer que tout cela reste transparent. Et c’est encore sur ce point qu’il faut persévérer, encore et toujours.


 Intéressé(e) par le décryptage des sujets européens ? Une série d’articles est à retrouver ici.

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. andre dit :

    Pour la plupart des situations, je partage votre point de vue: l’expression des groupements d’intérêt est généralement légitime, et même souhaitable.
    Là où la situation devient dangereuse, c’est lorsque les intérêts financiers de grands groupes multinationaux entrent en conflit avec l’intérêt général. On assiste alors à des pressions énormes, comprenant chantage à l’emploi, menaces de délocalisation, analyses scientifiques biaisées, et bien d’autres. Et c’est là que les citoyens peinent à accorder leur confiance à une Europe, toutes institutions confondues sous le terme générique de « Bruxelles », qu’ils voient, ou qu’ils soupçonnent, trop soumises à ces intérêts.

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    1. Nicolas dit :

      Tout à fait. Il y a évidemment des abus. Mais, il ne faut pas tout mettre dans le même panier :).

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