Election présidentielle 2017 : tous gaullistes ?

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(Palais de l’Elysée – Paris, France – 2012)

Charles de Gaulle est-il le grand vainqueur de cette élection présidentielle ?

A écouter les 11 candidats, on pourrait le penser. Mis à part Nathalie Artaud, Philippe Poutou et Benoît Hamon, tous les candidats se sont référés, d’une façon ou d’une autre, à l’homme du 18 juin.

Cet attrait s’explique a priori aisément. En effet, Charles de Gaulle est aujourd’hui une figure consensuelle dans l’imaginaire collectif français et a rejoint, au panthéon des légendes nationales, d’autres personnages marquants : Vercingétorix, Jeanne d’Arc, Louis XIV, Napoléon Ier.

Il faut dire que comme d’autres hommes politiques avant lui, Charles de Gaulle a toujours su mettre en scène son histoire personnelle avec le récit national. La plongée dans son oeuvre majeure, Mémoires d’espoir, présente un grand intérêt mais ne s’apprécie vraiment qu’en comparaison avec d’autres ouvrages sur cette période (notamment les Mémoires de Jean Monnet et celles de Winston Churchill), qui permettent de nuancer certains propos du premier cité.

Cela étant dit, le caractère d’homme providentiel acquis suite à l’épisode de la Résistance a déteint a posteriori sur la fonction de Président de la Ve République, qu’il fut le premier à occuper. Ce mythe d’une personne volant au secours de la patrie en danger reste prégnant en France. Plusieurs candidats au cours de cette campagne 2017 ont plus ou moins revendiqué cette étiquette de sauveur, encouragés par l’adoration d’une partie de l’électorat. Comme le relevait déjà Victor Hugo, dans Les contemplations :

« Je sais que c’est la coutume
D’adorer des nains géants
Qui, parce qu’ils sont écumes
Se supposent océan. »

Pourtant, cette invocation incessante de Charles de Gaulle durant la campagne n’est pas tant due à l’image iconique de résistant, qu’à ses prises de position comme premier Président de la Ve République.

Cette récupération tout azimut par les politiques est due à la centralité qu’a occupé l’homme sur la scène politique nationale. Jamais vraiment de droite et jamais vraiment à gauche, il suscite aujourd’hui l’admiration de tous. On oublie parfois à quel point certains – à commencer, par François Mitterrand – l’ont conspué avant d’épouser plus ou moins son exercice du pouvoir.

Plusieurs points ont marqué sa Présidence et méritent d’être déterminé pour tenter de cerner le gaullisme ou plutôt la pratique gaullienne de la Présidence.

¤ Une conduite irréprochable dans sa vie personnelle : jamais mis en examen, sourcilleux de payer de sa poche ses factures d’électricité à l’Elysée, Charles de Gaulle incarne encore aujourd’hui le dirigeant sourcilleux de la moralité publique. Le contraste est forcément saisissant avec la situation actuelle (voir Le devoir d’exemplarité des responsables publics).

¤ Une pratique présidentielle du pouvoir : c’est ici le point qui suscite le plus de divisions. Certains se prévalent d’une volonté de continuité avec le régime actuel, d’autres, au contraire, voulaient changer de République (voir Une nouvelle République : encore ?).

¤ Une politique étrangère réaliste : c’est ici certainement que la pensée de de Gaulle suscite le plus de récupération et de déformation. En effet, le premier Président de la Ve République est décrit comme un antieuropéen patenté et un antiaméricain forcené. Cette présentation caricaturale est particulièrement utilisée à droite compte tenu du fort courant qui s’oppose à ces deux volets de politique étrangère (voir La droite et l’Europe : une question de souveraineté ?)

Or, la France, traditionnellement, a toujours été un  pays ancré dans le monde « occidental » avec toutes les limites que comporte cette acceptation, un pays fondateur de l’Alliance atlantique et de l’Union européenne.

A cet égard, il serait bien d’en finir avec une certaine forfaiture intellectuelle. Charles de Gaulle n’a jamais au cours de sa Présidence, quitté l’OTAN – seulement le commandement intégré – et la Communauté économique européenne. Si le premier Président de la Ve République a parfois voulu être un pont entre Américains et Russes, il n’a jamais oublié de considérer que nos alliés étaient à l’Ouest, pas à l’Est. Quant à l’Europe, malgré ses réticences, il n’a jamais mis en cause l’idée d’une coopération entre les Etats européens. D’ailleurs, en 1940, il était prêt lorsque les circonstances semblait l’exiger à un saut fédéral que nul aujourd’hui n’oserait défendre aujourd’hui, avec le projet d’une Union franco-britannique (voir De Gaulle, un anti-européen ?). Ce que la pensée internationale gaullienne nous apprend, c’est que par dessus tout, le Général se méfiait des illusions et voulait construire une politique sur des réalités. La pratique plutôt que la théorie. La France d’alors avait besoin de prospérer, et elle ne pouvait le faire seule.

Il est vrai que Charles de Gaulle n’appréciait pas les atteintes à l’indépendance nationale. Pour autant, cette image d’Epinal ne doit pas aboutir à un travestissement de la réalité. La souveraineté aujourd’hui n’est plus une et absolue, comme à l’époque du jurisconsulte Jean Bodin ; elle est partagée ou n’est plus (voir La Suisse ou l’illusion de la souveraineté). Même les Etats-Unis ne peuvent se défaire comme ils l’entendent d’accords librement consentis.

L’émergence des BRICS, le défi climatique, les grandes migrations ou la révolution numérique interrogent fortement la place de la France dans le monde de demain. Mais, face à cela, la réponse ne peut pas être de se tourner vers des logiciels passés (voir La tentation du passé), mais d’envisager des solutions d’avenir. Et pour penser et affronter celui-ci, il vaut mieux être à plusieurs. Pas sûr que cette pensée soit si éloignée de celle de Charles de Gaulle.

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