Drôle de campagne : haro sur les abstentionnistes ?

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(Affiches de campagne – Paris, France – 2017)

Le premier tour était déjà emprunt d’une atmosphère particulière, la plupart des candidats semblant se satisfaire de la présence de Marine Le Pen au second tour – à condition évidemment d’avoir le second accessit (voir Election 2017 : un parfum d’étrange défaite).

Voilà que le second tour officiellement débuté dès le soir du 23 avril semble avoir du mal à démarrer. Ce n’est pas faute de proposer deux candidats que tout oppose. Mais, la victoire annoncée d’Emmanuel Macron sur Marine Le Pen a semblé figer le premier et galvaniser la seconde.

Le plus étonnant, c’est qu’on parle finalement toujours peu des programmes. Au premier tour, les débats autour des orientations des candidats avaient été parasités par les affaires de certains. Aujourd’hui, on semble plus intéressé par le rôle des abstentionnistes.

A cet égard, la censure de la chronique de Pierre-Emmanuel Barré – à titre personnel, je le trouve généralement vulgaire et fatigant – est symptomatique de l’attitude au mieux maladroite, au pire pathétique de certains pour pousser/contraindre les abstentionnistes à voter.

On peut légitimement regretter le comportement de l’abstention qui n’est pas sans conséquence. On peut déplorer le positionnement étonnant/incohérent de Jean-Luc Mélenchon  (On imagine sans mal tout le ramdam qu’aurait fait celui-ci s’il avait occupé la place d’Emmanuel Macron et que certains candidats avaient hésité à se prononcer pour lui). Mais, on ne doit pas tomber dans la surenchère et la chasse aux sorcières. La liberté d’expression de chacun doit primer. Le pire, à procéder comme l’a fait France inter, c’est de donner non seulement du grain à moudre aux partisans de Marine Le Pen, mais aussi de renforcer l’abstention de nombreuses personnes. Par ailleurs, cette interdiction a priori a contribué à la notoriété a posteriori de ladite chronique ; une application bien connue de l’effet Barbara Streisand (la tentative de taire quelque chose aboutit au résultat inverse).

Plutôt qu’à jeter l’anathème sur les abstentionnistes, ce fameux « premier parti de France », il serait peut-être temps de s’interroger sur les motivations derrière ce refus de voter. Il existe certes parfois des explications douteuses (la flemme, un repas de famille chez sa belle-mère, etc…). Mais, il existe aussi des interrogations plus légitimes (le flou du programme, l’orientation libérale, etc…).

Or, certains dans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron ont semblé croire que l’arrivée en tête de leur champion signifiait quitus pour ses opinions et suffisait à convaincre la France de se prononcer pour lui.

Certes, le second tour d’une élection a souvent consisté à devoir choisir le moins mauvais ou le plus acceptable des candidats encore en lice. Néanmoins, cette habitude a peut-être trouvé ses limites aujourd’hui. Une partie de la population ne veut plus être amenée à réduire ainsi ses possibilités d’expression. En effet, les gens ne veulent plus que leur vote puisse être assimilé à un blanc-seing.

A cet égard, le précédent Jacques Chirac en 2002 a clairement contribué à renforcer les abstentionnistes. En effet, réélu triomphalement grâce à la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen au second tour, il avait largement ignoré la possibilité d’ouvrir sa majorité. Pourtant, son élection était notamment due à la mobilisation de la gauche. Beaucoup de gens ont été marqué par cet épisode douloureux. Surtout, que cette Présidence inefficace a généré en 2007 la volonté d’une rupture claire avec Nicolas Sarkozy, provoquant en réaction le souhait d’un retour à la normal avec François Hollande.

La culpabilisation des abstentionnistes ne fonctionnera pas. C’est en s’ouvrant aux idées des autres, en convainquant de la différence claire et nette entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen qu’on poussera les gens à venir voter le 7 mai. A cet égard, des interventions comme celle d’Edwy Penel, fondateur de Mediapart, sont bienvenues. Ce dernier, pourtant peu amène avec Emmanuel Macron, rappelait qu’avec celui-ci, le cadre institutionnel resterait le même et permettrait toujours la contestation des propositions le débat d’idées. Il en irait autrement avec Marine Le Pen qui prévoit notamment de restreindre le droit de grève et de manifestation.

Dans La Chute, Albert Camus nous décrit un personnage rongé en permanence par les regrets, qui pour se donner bonne conscience, se réconforte ainsi : « mais, rassurons-nous ! Il est trop tard, maintenant, il sera toujours trop tard. Heureusement ! »  Jusqu’au 7 mai, il n’est pas encore trop tard.


Sur ce sujet, voir aussi Election présidentielle 2017 : autopsie d’un espoir et Election 2017 : un parfum d’étrange défaite.

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