Elections 2017 : une France ingouvernable ?

P1010718

(Journées du Patrimoine 2012 – Palais de l’Elysée, Paris, France)

On l’oublie souvent, mais l’élection la plus importante en France n’est pas l’élection présidentielle – ce qui n’en fait pas une raison, pour se dispenser d’un tête-à-tête avec l’isoloir les dimanches 23 avril et 7 mai.

Certes, cette élection catalyse les énergies, électrice les foules, oppose les ambitions et attire à la elle toute la lumière.

Il est vrai aussi que depuis la réforme du calendrier électoral lors des élections de 2002, l’élection présidentielle vient en premier et donne souvent le « la », pesant de tout son poids sur les élections qui suivent. Ainsi, depuis 2002, après avoir choisi leur président, les Français lui ont systématiquement accordé une majorité parlementaire. Si la chose peut sembler logique, il n’en est pourtant rien. En 2012, François Hollande a bénéficié de l’opposition suscitée par Nicolas Sarkozy, plus que d’une éventuelle adhésion à son programme. Dès lors, un retour à droite lors des élections législatives était envisageable. Or, la « vague » rose s’est amplifiée à cette occasion.

Malgré les considérations qui précèdent, il se pourrait bien que 2017 marque un infléchissement dans ce parallélisme entre élections présidentielle et législatives. Après tout, le journal Mediapart ne cesse de le répéter, « rien ne se passera comme prévu ».

Comme le relevait le constitutionnaliste Guy Carcassonne, « l’élection présidentielle n’offre à celui qui la gagne que des possibilités ; seule la victoire aux élections législatives donne le pouvoir » . C’est donc la majorité parlementaire qui donne son blanc seing à l’action du Président. Sans concordance entre Président et Parlement, ce n’est plus le premier qui prime, c’est le second à travers la mise en place d’un gouvernement de sa couleur politique. Ainsi, dans ce cas de figure, le Président se retrouve relégué au niveau international, pendant que la scène interne est dirigée par un Gouvernement issu de la majorité parlementaire. Ces épisodes où Parlement et Président divergent ont été qualifiés de cohabitation (trois périodes : 1986-1988, 1993-1995, 1997-2002).

C’est justement face à la multiplication de ces situations politiquement complexes dont les dirigeants avaient une sainte horreur et que les Français reproduisaient avec une certaine délectation que la réforme du calendrier électoral fut entérinée afin de donner à la France une concordance politique entre Président et Parlement.

Cependant, les actuels potentiels vainqueurs de l’élection présidentielle – d’après les sondages – risquent de se retrouver pour une majorité d’entre eux à la tête du pays mais sans majorité correspondante. Et ce serait bien là une surprise tant la Constitution de la Ve République et sa pratique ont toujours été pensées pour faciliter la direction de l’Etat (voir Une nouvelle République : encore ? pour l’aspect général, et Le recours à l’article 49 alinéa 3, déni de démocratie ? pour le cas particulier).

L’hypothèse d’une victoire de François Fillon n’offre pas ici de possibilité d’approfondissement puisqu’il dispose, derrière lui, d’un parti connu, implanté localement avec de nombreuses figures nationales qui devraient lui permettre d’emporter une majorité conforme à ses souhaits. En effet, il paraîtrait surprenant que les Français élisent François Fillon malgré les affaires, et ne lui octroie pas une majorité parlementaire.

Plus intéressantes – dans la perspective d’étude de ce billet – sont les hypothèses de victoire d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. En effet, il faudrait qu’en une élection, ces trois candidats passent des quelques parlementaires qui les soutiennent à un groupe majoritaire au sein de l’Assemblée nationale, soit au minimum 289 députés !

Tout d’abord, le cas d’une victoire d’Emmanuel Macron serait inédit au cours de la Ve République, puisque pour la première fois, un candidat lancé véritablement en politique trois ans auparavant, et avec pour appui un très jeune parti mouvement, remporterait l’accessit à la magistrature suprême.

Pour autant, et contrairement aux dires de nombreuses personnalités proches du mouvement d’En Marche, il ne paraît pas automatique que l’élection d’Emmanuel Macron engendre une majorité politique correspondante. Plusieurs arguments à cela. Pour la campagne présidentielle, il bénéficie du désaveu dont souffrent certains candidats, à commencer par François Fillon et Benoît Hamon. Or ce désaveu ne semble pas signifier une opposition quant aux partis politiques dont ils sont les représentants. Ensuite, les candidats désignés par En Marche, si l’on croit les engagements du candidat, seront pour la moitié des nouvelles figures. Il n’est pas certain que face à des opposants plus connus, ils remportent le suffrage.

A supposer même qu’Emmanuel Macron décroche une majorité estampillée En Marche, il restera à découvrir si cet ensemble arrivera à être solidaire dans l’exercice du pouvoir. En effet, malgré leur étiquette commune, il est plus qu’envisageable que les habitudes politiques reprennent le dessus et que la majorité se divise sur de nombreux sujets. Après tout, même une majorité de gauche est arrivée à ne pas être unie (2012-2017).

Ensuite, les possibles victoires de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont les scénarios les moins susceptibles d’aboutir à une majorité parlementaire. En effet, les deux candidats bénéficient de la lumière de l’élection présidentielle et de leur notoriété passée. Or, les élections législatives nécessiteront de faire élire pléthore de candidats totalement inconnus du grand public, juste parce qu’ils portent une étiquette commune avec le candidat élu à la Présidence. Si on peut s’attendre indéniablement à une poussée en faveur de la France insoumise ou du Front national en cas de victoire de leur candidat, il est peu probable qu’un de ces deux candidats obtienne une majorité stable ou correspondante à son programme.

Or, sans majorité affiliée au Président, deux hypothèses existent.
Soit, une majorité cohérente mais d’une sensibilité différente du Président se met en place au Parlement. Cas classique de cohabitation. Cas néanmoins singulier puisque ces élections pourraient créer des assemblages baroques (ex :  un Président comme Jean-Luc Mélenchon et un Parlement à droite – on imagine mal comment les deux pourraient s’accorder.)
Soit, aucune majorité n’arrive à se déterminer. Et il faudra trouver un accord de coalition, ce qui nécessitera une certaine culture du compromis – pour l’instant, peu visible en France.
Dans pareils cas, la France pourrait bien devenir ingouvernable.


PS : Ceci n’est nullement un appel à voter pour l’un des candidats présentés, juste une tentative d’analyse de cette séquence électorale particulière : la potentielle primeur des élections législatives sur l’élection présidentielle.

PPS : Vous pouvez retrouver les positions des candidats sur l’Europe, sujet central de ces élections ici : Election présidentielle : l’Europe, combien de divisions ?

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. laurentlarismo dit :

    Europe – the final countdown : https://www.youtube.com/watch?v=9jK-NcRmVcw

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s