Transparence : le reflet de la République

P1030420

(Reichstag, Berlin – 2013)

Dans La santé du Président, article publié au journal Le Monde en 1973, le journaliste Pierre Viansson-Ponté, déplorait l’omerta qui entourait l’état réel du président de l’époque, Georges Pompidou.
Pourtant, comme il le relevait, « dès lors qu’elle bouscule les événements, change les comportements, débouche sur des actions ou des refus, retentit en définitive sur les propagandes, les mouvements d’opinion, les manifestations, les grèves mêmes, la santé du Président, qu’elle soit excellente ou médiocre, n’est plus son bien, son problème ou son souci, mais le nôtre. »

Plus de 40 ans après, les affaires, qu’elles concernent des hommes politiques de droite ou de gauche, ont rappelé le défaut de transparence d’une enceinte pourtant majeure à la vie démocratique, le Parlement national.

En effet, la vie politique française semble avoir quelques difficultés avec la mise en place d’un cadre transparent de son fonctionnement.

Déjà, après l’affaire Cahuzac, la réaction politique avait été mitigée. La loi de 2013 créant une Haute autorité pour la transparence dans la vie publique n’avait été adoptée qu’avec difficulté, tant étaient nombreuses les réticences et les résistances.

A raison. Plusieurs parlementaires et quelques ministres ont été rattrapés depuis par l’examen de leur patrimoine.

Alors, tous pourris nos élus ? Non, bien sûr que non.

Forcément, les réguliers progrès au niveau de la transparence s’accompagnent au départ de nombreuses révélations. De tels écarts avec la légalité existent depuis toujours. La seule différence, c’est que désormais, ces situations finissent par apparaître au grand jour.

Ce n’est certes pas seulement un tropisme français. Le Parlement britannique, seul détenteur de la souveraineté (petit rappel ici : Le particularisme anglais à l’épreuve du Brexit), a été obligé à un profond aggiornamento après le scandale des notes de frais en 2009. Pour rappel, certains députés s’étaient fait rembourser de nombreux achats fantaisistes, comme des locations de film porno ou l’agrandissement de leur piscine.

Néanmoins, cet entre-deux actuel est insuffisant et conduit à instiller le venin du soupçon sur l’ensemble de la classe politique. Cette impression une fois ancrée est très difficile à renverser.

Face au doute légitime qui saisit les citoyens, la réponse passe prioritairement par un renforcement de la transparence des élus. Comme le relevait Benjamin Constant, dans De la responsabilité des ministres, « on ne conjure point les dangers en les dérobant aux regards. Ils augmentent au contraire de la nuit dont on les entoure. Les objets se grossissent au sein des ténèbres. Tout paraît dans l’ombre hostile et gigantesque. »

Cette volonté de transparence est déconcertante pour les élus qui y voient une atteinte à leur vie privée. S’il convient de ne pas tomber dans un voyeurisme de mauvais aloi, il est absurde de parler d’un totalitarisme de la transparence.

En effet, la transparence, comme la responsabilisation accrue, est un « passif pour contrebalancer l’actif du pouvoir » pour reprendre les mots du juriste Olivier Beaud.

Elle constitue un élément indispensable au contrôle effectif des gouvernants. La reddition des comptes reconnue par l’article 15 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, ne peut avoir lieu sans l’accès aux actes des hommes politiques.

Cette surveillance continue est justement le meilleur garant de la probité des responsables. Comme le remarquait le philosophe Jeremy Bentham : « plus nous sommes surveillés, mieux nous nous comportons ».

A cet égard, le Parlement français est encore en retard par rapport au Parlement européen ou à ses homologues étrangers. La reconstruction du Reichstag a justement été l’occasion d’une audace architecturale symbolique. En effet, un système de jeux de miroirs fait entrer la lumière dans l’hémicycle, symbolisant à la fois l’ouverture de l’assemblée au regard des citoyens mais aussi au contrôle de ces derniers sur le fonctionnement de l’assemblée. Des exemples dont la France ferait bien de s’inspirer.

Le devoir d’exemplarité des responsables publics évoqué précédemment ne pourra être effectif que si des efforts sont réalisés au niveau d’un accroissement de la responsabilité, mais aussi par des progrès sur la transparence. Deux des cinq critères identifiés par l’historien Pierre Rosanvallon pour organiser un Bon Gouvernement dans son livre éponyme.

Au fond, comme le disait déjà François Guizot, homme politique du XIXe siècle, « la publicité est peut-être le caractère le plus essentiel du régime représentatif ».


Si cet article vous  a plu, n’hésitez pas à le partager.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s