Brain Dead ou le néant de la politique

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(Centre culturel – Paraty, Brésil)

Que reste-t-il des campagnes menées en faveur du Brexit ou de l’élection de Donald Trump ?

Le soufflé est certes retombé, mais il persiste un climat particulier. Dans ces deux pays marqués par l’ouverture au monde, les agressions xénophobes augmentent.

Plus étonnant, dans le royaume du pragmatisme et de la modération, une députée, Joe Cox, a été assassinée pour ses convictions proeuropéennes (à lire, le compte-rendu du Monde sur le procès : ici).

Evidemment, le discours de haine et de peur porté par certains candidats n’est pas sans conséquence. L’affirmation de propos douteux au plus haut niveau finit par déteindre à chaque échelon d’une collectivité. Lorsque les digues cèdent, c’est souvent parce qu’un torrent s’est soudain déversé sur la ceinture de protection. Les responsables publics, comme la presse, ont une grande part de responsabilité dans cette dérive. Un parallèle peut d’ailleurs être établi avec Le complot contre l’Amérique de P. Roth (à titre personnel, son meilleur livre). Dans cet ouvrage uchronique, l’auteur décrit une réalité alternative où Charles Lindbergh aurait été élu à la place de Franklin D. Roosevelt. Par la seule force du discours du nouveau gouvernement américain, les brimades et vexations se multiplient à l’encontre des minorités. Prélude au pire ? Un ultime sursaut permet d’éluder la question.

A l’heure actuelle, il est difficile de poursuivre le parallèle tant le recul manque pour savoir si les agressions tiennent davantage de réactions épidermiques ou de comportements durables. Les unes des tabloïds anglais invitent néanmoins à une certaine circonspection.

Toutefois, ces campagnes ont surtout été marquées par la négation de la politique. Les faits ont perdu tout intérêt, la crédibilité et l’intégrité du discours sont balayées. Pour preuve, le lendemain même du Brexit, Nigel Farage mettait en pièce dans une honnêteté surprenante l’un des arguments principaux des Brexiters : le reversement de 350 millions de livres sterling par semaine au NHS.

Or, cette orientation se retrouve déjà dans les campagnes actuelles. Ainsi, Beppe Grillo au cours de la campagne référendaire italienne a souligné une évidence peu commune : il ne fallait plus voter avec l’esprit qui serait “conditionné”, mais avec les tripes. Avec cet argumentaire, les populistes atteignent le bout de leur logique : il ne faut pas réfléchir, mais se laisser guider par ses passions.

Justement, la série Brain Dead, derrière ses airs de série B – le scénario évoquant quand même l’invasion d’insectes de l’espace qui dévorent le cerveau des gens – est une merveilleuse satyre politique du système américain, critique qui peut être étendue à l’ensemble de nos démocraties contemporaines.

Oublier ici la grandeur de la politique (modèle House of Cards) ou son caractère parfois pathétique (version Veep), ici, la politique n’existe tout simplement plus.

On y voit notamment des débats entre politiciens qui tournent à de véritables monologues où chacun parle sans écouter l’autre, une hystérisation des positions aboutissant à une paralysie générale (particulièrement manifeste aux Etats-Unis avec le fameux “shutdown”), des juristes jouer à la distinction entre “simulation de noyade” et “immersion prolongée”, des gens se soucier davantage de leur santé et de leur bien-être individuel que de l’état de leur pays, une guerre être préparée comme moyen de diversion, des meurtres en cascade servir de prétexte à un renforcement de l’appareil répressif et un politique horripilant ne devant son salut populaire qu’à sa perpétuelle mauvaise foi, osant même cette réplique « je suis désolé de voir que mon collègue a plus de respect pour la vérité que pour la vie des pandas ». L’héroïne a beau tenté de nous alerter dans une petite vidéo virale diffusée dans ce monde, mais qui cherche avant tout à saisir le spectateur : le véritable fléau, celui qui gangrène et détruit une nation, c’est l’extrémisme.

Diffusée au cours du printemps 2016, cette série annonçait, si on y prête attention, l’avènement de Donald Trump et l’”ère de la post-vérité” (Trump : au nom des autres). Avec une vérité à géométrie variable, les faits ne sont que des costumes d’apparat dont chacun peut se parer comme il le souhaite. Les statistiques, jadis portées au pinacle, sont désormais rejetées lorsqu’elles ne s’insèrent pas dans le cadre prévu (voir la longue analyse du journal britannique The Guardian sur ce sujet : How statistics low their power).

Bien sûr, la politique a toujours été touchée par ce fléau et n’a jamais joui d’une probité exceptionnelle. Néanmoins, aujourd’hui, le niveau atteint par la désinformation, facilité  par la diffusion qu’offre internet, renverse les dernières fondations sur lesquelles s’appuyait le débat public. Comme le relevait P. Rosanvallon, dans son dernier ouvrage Le Bon Gouvernement, il y a à la fois « une visibilité qui augmente, une lisibilité qui diminue ». Sans faits, la politique est défaite.

Place au spectacle désormais ; le rideau peut se fermer sur la politique.


Voir sur le thème Série et Politique : House of Cards et la politique de la peur

Un thème voisin : 2017 : le crépuscule de la démocratie ?

13 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Patrick Cazaux dit :

    Article certes très intéressant, mais n’y a-t-il plus de correcteurs dans la presse ? Ce texte est truffé de fautes d’accord, il a même fallu que je relise plusieurs fois une phrase pour en comprendre le sens. C’est vraiment navrant. J’en suis à vous proposer de former vos rédacteurs à un minimum de grammaire.

    J'aime

    1. Nicolas dit :

      Bonjour,
      Je vous remercie pour votre commentaire, et prend bonne note de vos remarques.
      Juste pour information, je ne suis pas rédacteur ni journaliste, juste un simple particulier qui tient un blog sur l’actualité.
      Je ne peux que regretter les fautes qui peuplent parfois mes articles. Je vous assure que j’essaie de les chasser de mon mieux. Mais, elles sont assez tenaces, je vous l’accorde.
      Je suis toujours preneur de correctifs grammaticaux.

      J'aime

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