Gauches européennes : le renouveau ou la disparition

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(Soirée électorale – Rue de Solférino, Paris – 2012)

Le référendum institutionnel du 4 décembre 2016 en Italie et l’élection présidentielle de 2017 en France pourraient conduire à mettre en minorité la social-démocratie incarnée par la « gauche modérée » dans ces deux pays. Déjà faiblement représentée parmi les gouvernements des Etats de l’Union européenne, la social-démocratie en Europe court aujourd’hui le risque d’une quasi-disparition.

Pourtant, la crise économique de 2008, en révélant les nombreuses défaillances des marchés et du libéralisme excessif, semblait devoir instaurer durablement la gauche et ses idées sur le Vieux Continent. Après tout, la Grande Dépression de 1929  avait notamment conduit à la dominance sur plusieurs décennies de la pensée de l’économiste J. M. Keynes et à l’implantation durable de la social-démocratie malgré les éventuelles alternances politiques. Ce consensus avait été seulement remis en question avec l’arrivée de Margaret Thatcher au Royaume-Uni

Or, avec la prolongation de la crise, les Européens ont eu tendance à se détourner des valeurs mises en avant par la gauche : libertés, solidarité, progrès social.

Lorsque tout semble aller mal, on préfère généralement se replier sur soi-même plutôt qu’aller vers les autres. Destin éminemment funeste qui ne peut qu’aggraver la situation. A cet égard, la réponse immédiate à la crise de 1929 fut une catastrophe exemplaire où chaque pays chercha à combiner dévaluation et tarifs douaniers, dans un jeu à sommes nulles. En effet, lorsque la crise est générale, la seule bonne réponse est collective.

En Europe, justement, le sens du collectif a failli. La gauche s’est abîmée dans un respect parfois trop strict des règles du Pacte de stabilité, par peur d’apparaître laxiste en matière budgétaire. Il y avait pourtant une troisième voie entre dépenses irréalistes et contraintes financières, celle de dépenses publiques ciblées uniquement sur des secteurs innovants.

Plus inquiétant, la social-démocratie semble désarmée face aux nouveaux défis et s’avère pour l’heure incapable de proposer une réponse cohérente pour les affronter.

Avec l’afflux de réfugiés et les risques de terrorisme, les thématiques plutôt identifiées à droite comme la sécurité ou l’identité monopolisent l’attention, et obligent la gauche à s’insérer dans des débats parfois nauséabonds (cf. l’inscription de la déchéance de la nationalité dans la Constitution). A l’inverse, les enjeux sociaux ou écologiques sont désormais relégués au second plan, comme s’il n’était pas possible de conduire plusieurs chantiers en même temps.

De plus, la gauche est aujourd’hui concurrencée électoralement sur la gauche et sur l’extrême-droite.

Sur la gauche d’abord. Les effets de la mondialisation et l’arrivée de la crise ont remis au goût du jour des mouvements autrefois moribonds. Ainsi, sont apparus tour à tour Die Linke en Allemagne, Syriza en Grèce, le Front de Gauche en France et Podemos en Espagne. Tous ces partis ont obtenu des scores à deux chiffres. Syriza est pour l’heure un cas unique puisqu’il est même devenu un parti de gouvernement, au détriment de la gauche traditionnelle qui a presque disparu du paysage politique grec. En Espagne, Podemos a presque fait jeu égal avec le PSOE. D’après les sondages, Jean-Luc Mélenchon serait susceptible d’avoir un score proche du candidat du PS à l’élection présidentielle de 2017.

Sur l’extrême-droite, ensuite. C’est peut-être là le point le plus étonnant. Aujourd’hui, les partis d’extrême-droite obtiennent de hauts scores, scores notamment dus à l’arrivée d’un nouvel électorat désenchanté par l’aggiornamento des partis révolutionnaires. En effet, il ne semble plus y avoir de imperméabilité entre les extrêmes. A cet égard, la figure de Florian Philippot passé d’un bord à l’autre est révélatrice des voix additionnées au profit de l’extrême-droite.

Face à ces concurrents, la gauche en Europe devra privilégier une réponse collective, seule à même de répondre véritablement aux défis du XXIe siècle. Mais, elle ne pourra plus faire l’impasse d’être un relais efficace des espoirs des populations.


Voir sur ce thème : Parti socialiste : l’heure du glas ? et La gauche française et l’Europe : une histoire de plan B.

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