L’Ecosse, une indépendance pour l’Union ?

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(Dessin @annegaellon – Twitter)

Le virage pris par les autorités britanniques dans la perspective du Brexit semble augurer d’une séparation nette du Royaume-Uni avec l’Union européenne, avec le moins de liens possibles.

Cet affichage tient, il me semble, davantage d’une double stratégie politique : rassurer les Brexiters et peser face aux Européens. Néanmoins, qu’importe l’authenticité de cette position, son caractère extrême a poussé l’Ecosse à relancer le processus d’indépendance, en proposant un second référendum – après celui de 2014, rejeté à 55%.

Pour les partisans de l’indépendance, le Brexit constitue la rupture du contrat initial qui avait permis à l’Ecosse de rester dans un Royaume-Uni ancré lui-même dans l’Union. A cet égard, le référendum du 23 juin a révélé une nette fracture entre l’Ecosse proeuropéenne (plus de 60%) et le reste du pays.

L’indépendance est-elle la seule solution pour une Ecosse européenne ?

Déjà, il convient de rappeler que pour qu’un nouveau référendum soit valide, Londres doit autoriser le processus de consultation.

A l’heure actuelle, il est peu probable que Theresa May, actuelle Premier ministre britannique, envisage d’accorder ce droit. Les indépendantistes trouveront difficilement une majorité au Parlement britannique intéressée à cette idée. Alors que de nombreux Brexiters s’aperçoivent que la séparation avec l’Union n’est pas une chose aisée, il convient de ne pas y ajouter par dessus une procédure de divorce interne.

Il n’est pas inconcevable que le Royaume-Uni, désireux de concilier et sa sortie dans l’Union et son unité avec l’Ecosse offre à cette dernière un statut particulier pour lui permettre de poursuivre une relation spéciale avec l’Union européenne. Cette solution aurait le mérite de réduire le mécontentement d’une partie des Ecossais capable de soutenir l’indépendance pour maintenir les liens avec l’Europe. Elle exigerait certes de nombreux aménagements pour assurer la double appartenance de l’Ecosse. Les Européens devraient notamment se méfier d’une éventuelle influence de nuisance du Royaume-Uni via l’Ecosse.

La piste d’un statut particulier reste néanmoins réaliste. En effet, à l’heure actuelle, de nombreux territoires appartiennent à des Etats membres sans relever de l’Union européenne. Le cas du Groenland est, à cet égard, intéressant puisque cette zone était initialement liée au marché intérieur. Les parties du Royaume-Uni (Pays de Galle, de l’Angleterre et de l’Irlande du Nord) pourraient ainsi sortir de l’Union et y laisser l’Ecosse.

Un tel scénario pourrait être repris par d’autres territoires que l’Ecosse. On peut, à cet égard, imaginer que l’Irlande du Nord serait intéressée par un tel rapprochement pour maintenir d’importants liens avec l’Irlande.

Ces cas de figure restent pour l’heure hypothétiques. Pour se concrétiser, cette perspective nécessitera un bon ordonnancement de ces régimes « à la carte » et la bonne volonté de tous les acteurs.

Evidemment, un tel statut devrait être négocié concomitamment au retrait du reste du Royaume-Uni, afin d’éviter une nouvelle demande d’adhésion et toutes les contraintes assimilées en terme de procédures.

Malgré tout, Londres pourrait refuser que l’Ecosse reste membre de l’Union ou l’Ecosse pourrait ne pas se contenter de l’Union et privilégier aussi la voix de son indépendance.

Dans ces deux cas de figure, les tensions entre la capitale et l’Ecosse risqueraient d’être fortes, et renforceraient l’hypothèse d’une nouvelle consultation.

La logique voudrait qu’en cas de référendum positif, l’Ecosse dépose une demande d’adhésion à l’Union européenne, si possible avant la mise en place du Brexit qui l’inclue à l’heure actuelle1.

Néanmoins, tant que le Royaume-Uni sera membre de l’Union, celui-ci dispose d’un droit de véto quant à l’adhésion potentielle de l’Ecosse. Ainsi, un Royaume désuni sur le départ pourrait s’opposer à l’entrée d’une Ecosse indépendante. Une fois sorti, il perdra tout moyen d’action.

En cas de campagne pour l’indépendance, la perspective de rester dans l’Union sera un élément déterminant pour apaiser les craintes légitimes d’une scission par la permanence d’autres liens. Cette rupture serait ainsi limitée puisque une bonne partie des liens serait maintenue avec le reste du monde, et notamment l’une de ses principales organisations.

Il est d’ailleurs amusant de voir des nationalistes souhaitant l’indépendance de leurs patries vis-à-vis de leurs Capitales et plaidant, en même temps, en faveur d’une appartenance à l’Union européenne.

La question écossaise est à nouveau posée. Mais, la réponse à apporter ne pourra pas faire l’impasse de la problématique posée par le Brexit.


1 Cette question sera examinée plus en détails avec l’exemple de la Catalogne dans le prochain article.

Sur le Brexit, vous pouvez retrouver de nombreux billets ici.

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