La Russie, un partenaire pour l’Union ?

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(Poupées russes – Budapest, 2011)

De nombreux responsables français s’indignent avec plus ou moins de véhémence contre la prolongation des sanctions économiques de l’Union européenne à l’encontre de la Russie.

A les croire, une telle politique serait non seulement inutile mais aussi contre-productive.

Inutile parce que la Russie est un partenaire incontournable dans la lutte contre le terrorisme ou comme pilier des relations internationales.

Contre-productive parce que la Russie est un acteur économique important, qui a réduit, en représailles, l’importation de certains produits, notamment français.

Pour rappel, les sanctions ont été mises en place à la suite de l’annexion illégale de la Crimée. Elles se prolongent en parallèle des troubles orchestrés par la Russie dans l’Est de l’Ukraine, en violation d’ailleurs de l’accord de Minsk signé par ce pays.

C’est donc pour répondre à ces manquements répétés que les Européens, même parmi les pays proches de Moscou, se sont accordés autour d’une politique inédite de sanctions. L’activisme de la Russie a eu le mérite de souder les Européens sur le traitement à réserver à un pays étranger.

Or, la politique conduite actuellement par la Russie risque de se poursuivre car  elle vise à la fois à lutter contre le sentiment de déclin et à éviter une contestation en interne.

En effet, la Russie n’est plus la puissance qu’elle était, malgré les réminiscences intermittentes de sa gloire passée.

De plus, si la Russie reste – mais pour combien de temps encore – un géant politique sur la scène internationale, notamment grâce à son statut au Conseil de sécurité des Nations Unies et à son armée, elle est devenue un nain économique. La crise économique et la chute du baril de pétrole ont plongé le pays dans une récession, récession aggravée par les sanctions. A l’inverse, les sanctions russes n’ont eu que peu d’impact sur l’économie européenne et tiennent souvent de l’effet d’affichage – si elles ne sont pas tout simplement risibles (ex : l’interdiction faite aux Américains d’adopter des enfants russes).

Or, ce poids économique relatif s’est accompagné d’un déclin sur la scène internationale . Depuis la chute du Mur de Berlin, la Russie a perdu peu à peu sa zone d’influence à l’Est de l’Europe. La série d’élargissements dans cette zone de l’OTAN d’abord, de l’Union européenne ensuite a particulièrement illustré cette nouvelle réalité. Même des alliés proches de la Russie, comme la Serbie, se sont détournés d’eux-même de cette puissance en déclin.

Pour se prémunir contre cette extension, la Russie a d’abord joué une stratégie de pourrissements dans certains conflits (ex : Transnistrie en Moldavie) et eu recours aux menaces et provocations (ex : survol de l’Estonie sans autorisation). Elle s’est ensuite illustrée par une volonté de mainmises territoriales (ex : indépendance de l’Ossétie du Sud en Géorgie) et de projections internationales (ex : intervention dans le conflit syrien).

Ces diverses tentatives ont plutôt eu pour effet d’encourager les pays limitrophes à reconsidérer leurs relations avec la Russie et à rechercher de nouveaux partenaires plus fiables.

Au sein de la politique interne russe, le binôme actuellement au pouvoir est contesté. En 2012, pour la première fois, il a dû  affronter d’importantes manifestations. De nombreuses accusations de fraudes électorales ont eu lieu. Le comité électoral créé par le pouvoir pour porter des critiques sur les élections dans les autres pays n’a eu aucun écho en dehors des frontières russes. La réalité, c’est que le pouvoir affronte un mécontentement croissant de la population. A l’instar de Margaret Tchatcher avec les Malouines, Vladimir Poutine sait qu’il a besoin de succès extérieurs pour compenser ses échecs intérieurs.

En définitive, la Russie ne semble pas près de revenir d’elle-même vers une position plus soucieuse du respect des autres nations, et risque de poursuivre son expansion. Le jeu russe illustre davantage la position d’un adversaire, qu’un possible partenaire pour les Européens.

Dans ce face-à-face, les sanctions pourraient justement contribuer à ramener la Russie dans le chemin des règles internationales.

D’une part, comme le relevait assez justement le titre une tribune dans le journal le Monde, « Poutine joue au poker, Obama aux échecs » (ici) Poutine est un amateur de coups Il n’a toutefois pas les cartes pour servir son jeu. Et les sanctions ont permis, avec la chute du baril de pétrole, de révéler les faiblesses de cette puissance.

D’autre part, les moqueries régulières de Vladimir Poutine sur le pacifisme et la frivolité des Européens sont révélatrices d’un schéma de pensée obsolète : il s’appuie uniquement sur le hard power. Les sanctions sont donc le meilleur moyen d’entrer dans un rapport de force avec ce pays. Elles devraient d’ailleurs être assorties d’un soutien affiché aux pays limitrophes de la Russie, afin de limiter le tropisme américain. Car oui, faire face à la Russie ne veut pas forcément dire faire le jeu des Etats-Unis, mais bien développer la carte de l’Europe.

Il est temps que la Russie comprenne les règles du nouveau jeu international, c’est-à-dire d’un jeu justement où elle ne fixe plus seule les règles. Ce n’est qu’à cette condition qu’elle pourra redevenir un partenaire des Européens.


Voir aussi les articles sur les Etats-Unis, la Chine, la Turquie ou la Suisse (ici).

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