L’hystérisation de la réponse : une menace pour la démocratie ?

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(Panneau de signalisation – Ljubljana, Slovénie – 2010)

Les nouvelles attaques revendiquées par Daesh ont accentué la volonté tant au sein de l’opinion publique que du personnel politique d’apporter une réponse d’ampleur, quitte parfois à s’affranchir de certaines règles.

Il y a eu bien sûr, à la suite de l’attentat de Nice, la prolongation pour six mois de l’état d’urgence censé se terminer en juillet 2016 – actuellement étendu jusqu’en juillet 2017, voir Etat d’urgence : gilet pare-balle ou camisole de force ?. Sa semi-permanence pose davantage de difficultés qu’elle n’apporte de véritables solutions aux menaces auxquelles nous sommes confrontés.

Il y a eu ensuite les nombreuses lois qui se succèdent pour renforcer les pouvoirs des renseignements généraux, de la police et de l’exécutif au détriment de la vie privée, de la justice et du législatif.

Mais, pire, il y a désormais des annonces répétées pour sortir du cadre légal. Sans entrer dans une liste exhaustive, mentionnons parmi les idées les plus attentatoires aux libertés : un « Guantanamo » français, une révision de la Constitution, le retour de la peine de mort, le port d’armes …
Certains responsables ont même proposé la sortie pure et simple de l’état de droit. En effet, celui-ci non seulement ne protégerait pas les citoyens français, mais couvrirait l’action des terroristes.

Et c’est une double erreur qui se profile ici.

D’une part, toutes les lois les plus sécuritaires du monde ne protégeront jamais complètement une population. Ceux qui citent en exemple l’Egypte, Israël, la Turquie ou la Russie, se méprennent sciemment ou non, quant à la fin des attentats. Le risque 0 n’existe pas. Et chacun de ces pays connaît de nombreuses attaques, à un rythme malheureusement soutenu.

Aucune de ces propositions n’est d’ailleurs en mesure de régler réellement cette problématique. Le rétablissement de la peine de mort ne peut être une peine à même d’effrayer des gens prêts à mourir en martyr. Le camp de Guantanamo a davantage décrédibilisé les Etats-Unis sur la scène internationale sans leur apporter aucune  garantie supplémentaire en terme de sécurité.

D’autre part, cette fuite en avant vers un état d’exception permanent porte atteinte à l’essence même de la démocratie. Déjà, dans De la démocratie en Amérique, A. de Tocqueville rappelait que « une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur : elle est esclave de son bien-être ». Car oui, la démocratie, ce n’est pas simplement l’expression de la règle majoritaire, mais c’est surtout la garantie des droits fondamentaux. Nos sociétés s’appuient sur un contrat social à base de règles sur lesquelles on ne peut et on ne doit revenir à la moindre occasion. C’est justement la permanence de ces valeurs, qui vient contrecarrer le discours opportuniste de nos adversaires, comme l’écrivait déjà T. Todorov dans La peur des barbares. Au delà du choc de civilisation. Ceux qui promeuvent comme devise Sécurité, Discrimination et Haine ne respectent pas les valeurs françaises que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Comment peut-on citer comme Marine Le Pen l’exemple de l’Egypte qui a tiré sur des touristes mexicains et qui a visiblement une part de responsabilité dans la disparition de Giulio Regeni ? Comment peut-on invoquer un pays qui torture, emprisonne et parfois tue ses propres citoyens ?

Pour éviter l’horreur des uns, nous ne devons pas choisir la terreur des autres. Ce que certains appellent faiblesses, ce sont nos forces : le poids de la règle, la croyance dans des droits, le refus de l’amalgame, la confiance dans l’autre. C’est seulement si nous, malgré les difficultés, nous ne cédons pas sur l’essentiel que nous pourrons gagner.

Dans un arrêt retentissant en 1999, la Cour suprême d’Israël avait eu ses mots dans un Etat pourtant marqué par le terrorisme et qui devraient être le mantra de toutes les démocraties : « C’est le destin de la démocratie. Tous les moyens n’y sont pas acceptables et toutes les pratiques de ses ennemis ne lui sont pas permises. Même si la démocratie doit souvent se défendre avec une main attachée dans le dos, c’est elle cependant qui mène la partie. La préservation de la loi et la reconnaissance de la liberté individuelle constituent les composantes essentielles de la notion de sécurité. »

La bataille n’est pas seulement militaire, elle est aussi morale. Et cette bataille nous sommes en train de la perdre. Plus que jamais, nous devons croire dans la force des prétendues faiblesses de la démocratie et de l’état de droit.

Comme l’écrivait V. Hugo, « être vainqueur, c’est bien. Mais, rester grand, c’est tout. »


Sur ce thème, voir aussi 2017 : le crépuscule de la démocratie ? et Les droits de l’homme : des « éléphants en voie d’extinction » ?.

8 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Mahatma Gandhi — « There are many causes I would die for. There is not a single cause I would kill for »

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  2. sylvie dit :

    j’ai fouiné pendant deux heure aujourd’hui sur le web et enfin j’ai pu tomber sur ton site internet afin de passer le temps alors je laisse un signe en signe de ma gratitude :-).

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