Turquie : le mirage révolu d’une adhésion ?

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(Mosquée « turque » – Château de Schwetzingen, Allemagne, 2014)

Les soubresauts provoqués par la tentative de putsch en Turquie éloignent chaque jour davantage, voire condamnent définitivement, la perspective d’une adhésion de ce pays à l’Union européenne. En effet, dimanche 16 avril, Erdogan organise un référendum pour réformer l’actuelle Constitution de la Turquie, afin notamment d’accroître les pouvoirs du Président, c’est-à-dire les prérogatives qu’il détient actuellement.

Cet ajournement offre l’occasion de revenir sur les relations ambivalentes entre la Turquie et l’Union européenne.
En effet, la volonté initiale de rapprochement semble avoir fait place à une politique d’évitement.

Très tôt, la Turquie a demandé à rejoindre l’Union européenne – alors, encore, une simple Communauté économique européenne. Ainsi, dès 1987, la Turquie a déposé une première demande officielle d’adhésion. Celle-ci a certes été refusée, mais pas sur le motif d’appartenance géographique au continent européen,contrairement à la candidature concomitante du Maroc.

Toutefois, étant donné les débats que suscite encore ce pays, il convient de revenir en quelques mots sur ce point.

Sans verser dans un cours d’histoire et de géographie, la question turque se pense principalement avec notre continent. Ce n’est pas un hasard si le qualificatif d’ « homme malade de l’Europe » avait été attribué à l’Empire ottoman. Certes, il n’existe qu’une faible partie du territoire ancrée du côté Ouest du Bosphore. Mais, une frontière naturelle aussi petite n’a pas un sens prononcé. Les liaisons entre l’Europe et la Turquie ont été constantes et plurielles. La guerre y a tenu une place de choix, c’est certain. Mais, d’autres relations ont pu être tissées au fil du temps (ex : l’alliance entre François Ier et la Sublime Porte).

A côté de cette appartenance géo-historique, la Turquie a montré régulièrement son intérêt pour la construction européenne. Cet intérêt s’est traduit notamment par son ancrage dans l’OTAN, sa participation à l’Union douanière, son application régulière des règles européennes. Pour faciliter sa candidature, la Turquie s’est aussi profondément réformée, l’armée perdant peu à peu le pouvoir. De nombreux droits ont d’ailleurs été garantis. La peine de mort a ainsi été abolie dans la perspective de l’adhésion à l’Union européenne. De même, lors de la guerre en Irak en 2003, la Turquie s’est positionnée sur la position franco-allemande d’opposition, refusant même de monnayer la présence des chasseurs américains.

Pourtant, les Etats européens initialement bienveillants ont été au fil de la montée des populismes, de plus en plus réticents à une telle adhésion, dont le processus a été ouvert en 2005.
La France a illustré à l’extrême ce revirement, en révisant spécialement sa Constitution en 2005 pour qu’une éventuelle adhésion turque ne puisse avoir lieu sans référendum national.

De plus en plus de responsables politiques européens se sont d’ailleurs exprimés pour indiquer leur opposition à une telle adhésion.

Déjà, considérablement refroidi pour des considérations internes aux Etats membres, le processus d’adhésion bute sur des problématiques aujourd’hui insolubles :
– la réunification de Chypre
– les relations dégradées entre la Grèce et la Turquie
– la reconnaissance du génocide arménien
– le conflit avec les Kurdes

D’un autre côté, le pouvoir en Turquie semble beaucoup moins désireux de rejoindre l’Union européenne. En effet, Erdogan, à l’instar de certains de ses homologues d’Europe de l’Est, milite en faveur d’une politique de puissance et de concentration du pouvoir, qui ne peuvent que rencontrer l’opposition de l’Union. S’il continue à prêcher l’adhésion, c’est pour répondre aux aspirations des populations aisées et plutôt libérales et ainsi continuer à obtenir leur vote.

Néanmoins, à rebours de ces hésitations respectives, des récents gages ont été donnés à la Turquie en faveur d’une adhésion. Cela s’est traduit notamment par l’ouverture de nouveaux chapitres. Toutefois, ces signes ne doivent pas tromper, ils ne sont que des conditions pour aboutir à un accord global de répartition des réfugiés. Ils témoignent d’ailleurs du peu de considération que Turcs et Européens ont à l’égard du processus de négociation qui ne sert que de variable d’ajustement à un rapport de force désormais permanent entre ces deux entités.

Aujourd’hui, une telle adhésion apparaît définitivement compromise, avec le recul de l’état de droit. L’éventualité d’un retour de la peine de mort et les purges dans les divers corps de fonctionnaires obligent des Européens plutôt gênés par ces événements à venir rappeler leurs valeurs. En effet, la direction prise par la Turquie d’Erdogan risque de mettre un terme à l’accord conclu et de révéler notre fausse ouverture à son égard.

Le double jeu des gouvernements européens doit cesser. D’une part, il est indigne de pays revendiquant les plus hautes valeurs. D’autre part, il est méprisant envers les Turcs.

Il paraît temps de tirer un trait sur un processus d’adhésion désormais épuisant et qui ne parviendra pas à son terme en l’état. Les relations Turquie-Union européenne devraient alors être revues pour repartir sur de nouvelles perspectives, qui n’incluraient pas dans un premier temps, une adhésion.


Voir aussi les articles sur les Etats-Unis, la Chine, la Turquie ou la Suisse (ici).

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