L’affaire Barroso : retour sur un immense gâchis

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(Dessin @annegaellon – Twitter)

Il n’aura échappé à personne que José Manuel Barroso, ancien président de la Commission européenne (2004-2014) a rejoint la banque américaine Goldman Sachs.

Pour rappel, cette banque a une grande part de responsabilité dans la crise des subprimes et ses répercussions négatives sur l’économie dans son ensemble.

Surtout, cette banque a aidé à maquiller les comptes publics grecs, ce qui a abouti à une crise majeure au sein de la zone euro, menaçant même quelques temps l’existence de la monnaie commune.

Par ailleurs, c’est au cours de la présidence Barroso que la Commission a été la plus sévère à l’encontre des pays en difficultés financières.

Il est inutile de préciser qu’un tel pantouflage ne peut que susciter la défiance, voire le rejet des citoyens à l’égard de la Commission européenne en particulier, de l’Union européenne dans son ensemble.

Pourtant, l’Union européenne avait prévu un ensemble de règles pour pallier à ce genre de situation. L’article 245 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne impose ainsi aux commissaires « l‘engagement solennel de respecter, pendant la durée de leurs fonctions et après la cessation de celles-ci, les obligations découlant de leur charge, notamment les devoirs d’honnêteté et de délicatesse quant à l’acceptation, après cette cessation, de certaines fonctions ou de certains avantages. »

A la suite de cet article, un code de bonne conduite, ainsi qu’un comité d’éthique avaient été mis en place. L’un comme l’autre viennent de prouver leur inutilité et leur incapacité (Petite pensée pour l’affaire Carlos Ghosn et le code de bonne conduite du Medef tout aussi utile).

L’insuffisance de ces règles doit conduire à apporter les bonnes réponses.

D’une part, une refonte globale doit être mise en œuvre dès aujourd’hui.

Il faut au préalable que les membres du comité d’éthique aient le courage de démissionner collectivement.
Le comité doit être profondément revu pour éviter que de telles situations ne se reproduisent à l’avenir.
Le panel de ses membres devrait intégrer un eurodéputé, le médiateur européen et un citoyen européen issu de la société civile.

Il faut ensuite interdire tout simplement la possibilité sur une certaine période de rejoindre des entreprises ou des groupes d’intérêt. Des possibilités de sanctions financières (notamment le remboursement des salaires versés) devraient être prévues pour éviter les pantouflages.

D’autre part, un minimum d’introspection des institutions est nécessaire.

José Manuel Barroso avait été un mauvais président de la Commission lors de son premier mandat. Tout le monde était d’accord sur ce point. Comment a-t-il pu alors être reconduit ? Les partis proeuropéens au Parlement européen pourront regretter d’avoir toléré la réélection de José Manuel Barroso, sans chercher à avancer un autre candidat.

A l’avenir, les Etats membres, et notamment le Royaume-Uni, devraient réfléchir plus intelligemment dans la désignation de leurs candidats. En effet, trop souvent, les Etats choisissent des personnalités proches des pouvoirs en place sans réelle conviction et sans compétence. Que dire d’ailleurs de certains candidats qui se sont caractérisés par des propos douteux lors de leurs auditions (exemple en 2004 avec le candidat italien et ses paroles homophobes) ?

Par ailleurs, la désignation désormais du Président de la Commission au regard des têtes de liste pour les élections européennes paraît le meilleur garde-fou à l’avenir contre de telles dérives. En effet, la désignation à l’origine de José Manuel Barroso reposait sur l’opposition anglaise au candidat franco-allemand Guy Verhofstadt et avait été conclu par le seul Conseil européen.

Pour finir, il ne faut pas confondre les institutions et les hommes. La Commission a eu un rôle considérable dans la construction européenne. A l’inverse, José Manuel Barroso prouve une nouvelle fois son incapacité à prendre la mesure du poste qu’il occupait et la hauteur qu’on était en droit d’attendre de lui. Il aura été un mauvais président de la Commission pendant son mandat. Il a choisi d’être un mauvais responsable tout au long de sa vie.

Bon vent.


Sur ce thème, voir Le devoir d’exemplarité des responsables publics.

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