Qu’arrive-t-il au camp du Brexit ?

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(Trafalgar Square, Londres – 2013)

On les attendait fanfarons, pavoisant, voire grotesques. On les découvre graves, gênés, voire perdus.

Ce sont pourtant les grands vainqueurs du scrutin du 23 juin. Nigel Farage appelait depuis longtemps à une telle consultation, Boris Johnson constituait le visage du Leave depuis février, et les tabloids britanniques attaquaient l’Europe depuis des années.

Cette coalition baroque a habilement conduit leur pays sur la voie de la sortie. Jouant tour à tour sur la peur des migrants, sur l’orgueil d’une nation, sur le passé d’un Empire, sur la collusion des élites, sur la défense du NHS, sur la liberté d’un pays, les Brexiters ont su répondre aux aspirations majoritaires de la population.

Il conviendra pour l’avenir que le camp du Remain au Royaume-Uni, mais surtout dans le monde analyse les raisons de son échec. Comment penser que les rapports du FMI ou d’autres instituts économiques majeurs, tous décrédibilisés par leur imprévoyance passée, pouvaient convaincre l’électeur britannique ? Comment croire que des dirigeants mal-aimés dans leurs propres pays pouvaient persuader cet électorat ? A trop vouloir jouer la raison, l’Europe a perdu. C’est dans la passion que se gagne ce type d’échéance.

Pourtant, l’attitude des Brexiters aujourd’hui pose de multiples questions et est révélateur des errements de leur propre campagne.

Tout d’abord, à peine le Brexit voté, on a assisté à un certain nombre de déclarations totalement inattendues de la part des différents leaders du Leave.

En effet, ce qui est étonnant ici, c’est non seulement le timing mais aussi le sens des propos. Ainsi, Nigel Farage a reconnu rapidement que la promesse de transférer les fonds vers l’Union à destination du NHS n’était pas réalisable. Encore plus surprenant, le lendemain du vote, il demandait à ce que le Royaume-Uni accède au marché intérieur de l’Union européenne.
De même, Boris Johnson a admis sans ironie que la libre-circulation des travailleurs européens devrait être maintenue.

Ensuite, même si c’était attendu, le Brexit a révélé l’extrême impréparation des pro-Leave.

Après avoir répété des mois durant que le Brexit permettrait de se passer de la législation européenne, voilà que de nombreux responsables politiques prévoient le maintien d’une partie de cette réglementation.
De même, alors que pour beaucoup de gens, le Brexit signifiait une sortie rapide du Royaume-Uni, voilà que ces mêmes responsables politiques appellent à temporiser.

D’une part, ces responsables ont enfin reconnu que pour un certain nombre de politiques publiques, il n’était pas possible de renverser complètement le système sans en avoir établi précédemment un nouveau. Des travaux de recherche, des exploitations agricoles, et tant d’autres projets peuvent dépendre des subsides de l’Union.

D’autre part, aucun de ces responsables n’avait fixé ni réfléchi à l’après-Brexit. Quitter l’Union européenne, c’est bien. Mais, personne n’a indiqué ce qu’il entendait quitter concrètement. En effet, après tout, l’Union européenne a un marché intérieur attractif, une PAC plutôt efficace, une politique de la concurrence reconnue, etc… Sur ce point, il n’est pas certain d’ailleurs que les Brexiters parviennent entre eux à un compromis, tant leur coalition a répondu à des aspirations très diverses.

A cet égard, ce référendum pose aussi la question des motivations qui ont permis au Leave de l’emporter. Bon nombre des votants ont ainsi exprimé leur rejet de la mondialisation, du libéralisme outrance. Problème, ici, cette politique libérale est celle du Royaume-Uni, pas celle de l’Europe. En effet, bon nombre de dispositions européennes sont protectrices envers les travailleurs britanniques (égalité homme/femme, semaine des 48 heures, etc…) Sur certains aspects non-traités par l’Europe (comme le SMIC), ce sont les Etats membres, à commencer par le Royaume-Uni, qui ont bloqué toute possibilité d’évolution. Les Anglais ont voté contre le Royaume-Uni de Tchatcher. Ils se sont juste trompés d’endroit pour mettre ce bulletin.

Les mises en garde de l’Ecosse et de l’Irlande du Nord ajoutent une difficulté supplémentaire sur l’après-Brexit. Aucun Brexiter ne veut d’un Royaume désuni. Or, pour leurs attaques à outrance sur la construction européenne, ils ont eu recours à des arguments qui sont aisément transposables à la situation de l’Ecosse vis-à-vis du Royaume-Uni.

Enfin, les partis politiques sont en lambeaux. Jeremy Corbin est devenu un leader âprement contesté. Le parti conservateur est un parti sans direction, composé de partisans et de contempteurs de l’Europe.

Face à ce bourbier, Boris Johnson, pourtant grand favori au poste de Premier ministre, a déjà renoncé. Nigel Farage abandonne aussi. A croire que si l’Europe, ils ne l’aimaient pas, ils n’ont plus autant envie de la quitter.


Voir aussi sur ce thème le dossier consacré au Brexit : ici.

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