L’Europe, et maintenant les idées ?

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(Parc de Nanterre, 2016)

Le choix effectué par les Britanniques oblige l’Union européenne à une réponse à la mesure du choc reçu et de l’onde provoquée dans le monde.

Jusque là, tout le monde ou presque est d’accord. La question, c’est quelle Europe doit émerger demain ? A cet égard, le Brexit n’a pas manqué d’inspirer les responsables politiques de tout bord, chacun voyant midi à sa porte.

Petit tour d’horizon des propositions avec un examen rapide de leurs intérêts.

¤ Il faut renforcer la zone euro (avec au choix ou non, un Ministre de la zone euro, un Parlement zone euro, un Trésor européen, un FME, …) et rénover Schengen : Propositions bienvenues. Toutefois, quel rapport avec le Brexit ? Le Royaume-Uni ne participe à aucune de ces deux politiques.

¤ Il faut des politiques régaliennes (armée, police, diplomatie, …) : Propositions bienvenues. Mais, pourquoi ne pas l’avoir fait plutôt alors ? De telles politiques doivent s’appuyer sur un socle commun d’intérêts et nécessitent des compromis entre les politiques nationales. Pour l’heure, les Etats n’ont jamais voulu réaliser le moindre effort. On peut douter que même un Brexit les encourage à changer leur logiciel.

¤ Il faut s’attaquer à la Commission (et renforcer le Conseil européen) : Proposition étonnante. Le Conseil européen a clairement pris l’ascendant sur la Commission. Or, personne n’a encore su expliquer pourquoi les chefs d’Etat seraient plus légitimes qu’une Commission désignée par ces mêmes chefs et le Parlement européen.

¤ Il faut favoriser la croissance, l’emploi, l’investissement, … (et pourquoi pas, le sort des pingouins aux Pôles, l’environnement, les fleurs, …) : Propositions « originales ». C’est vrai que durant tout ce temps, l’Europe ne cherchait pas à favoriser ces objectifs.

¤ Il faut un nouveau traité : Proposition désespérante. Encore ? Appliquons déjà les flexibilités et les possibilités offertes par les traités existants avant d’en ajouter de nouveaux.

¤ Il faut une une autre Europe : Proposition floue. La quasi-totalité des responsables appellent à une refondation des traités, sans préciser évidemment ce qu’ils entendent par là. La palme revient à cet égard à une partie de l’extrême-gauche qui agite à nouveau un plan B pour l’Europe – ficelle déjà utilisée pour le Traité-constitutionnel de 2005. Quel était ce plan B d’ailleurs ? Personne ne sait.

¤ Il faut en finir avec l’Europe : Proposition passéiste. Portée seulement par l’extrême-droite, l’idée d’un démantèlement de l’Union européenne fait florès dans leur électorat – et encore -. Sans analyser plus avant le fond d’une telle non-proposition, il convient de rappeler que même les Britanniques espèrent bénéficier de ses politiques. Dès lors, un « Frexit » serait tout autant limité que le sera certainement un Brexit.

Alors, quoi ?  Ne sera-t-il jamais possible un jour de voir une consultation populaire sceller la réunion de l’Europe et des peuples ? On doit évidemment le souhaiter.

Mais, un tel projet ne pourra réussir tant que des responsables politiques n’oseront pas assumer et porter pleinement le projet européen parmi la population. Une idée, aussi bonne soit-elle, a besoin d’être incarnée. David Cameron a essayé à moitié, il a échoué sur toute la ligne. Les responsables français en 2005 s’y étaient engagés du bout de lèvres sans succès. Avoir mis Valéry Giscard d’Estaing comme tête d’affiche et président de la Convention constituait une erreur grossière. Le niveau européen doit être aussi concerné et les Etats membres ne doivent plus promouvoir des candidatures comme Edith Cresson, José Manuel Barroso, Herman Von Rompuy et Catherine Asthon.

Un tel projet devra s’appuyer sur des institutions clairement identifiées et responsabilisées. Les Etats ne peuvent accuser l’Europe de tous les maux alors qu’ils contribuent au Conseil européen et au Conseil à la plupart de ses législations. La Commission doit dépendre soit du vote direct des citoyens, soit du vote indirect du Parlement européen, lui-même élu au suffrage direct.

C’est pourquoi avant toute chose, un tel projet aura besoin d’un intense travail de pédagogie, car on ne nait pas Européen, on le devient. C’est une question souvent d’éducation et c’est par là qu’il faut commencer encore et encore. Après, seulement, il sera temps de discuter de l’Europe de demain.


Intéressé(e) par les élections de 2017 ? Une sélection de billets sur les différents enjeux de ces élections, disponible ici.

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