Le nucléaire, une énergie encore d’avenir ?

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(Paysage – Trinidad, Cuba – 2015)

Compte tenu de la place qu’occupe le nucléaire dans le mix énergétique français (plus de 70%), cette énergie est propice, de la part de les responsables politiques à beaucoup de contrevérités dans un sens ou dans l’autre.

Le nucléaire, par les enjeux qu’il présente, a son lot de défenseurs et de contempteurs. Et il est difficile de se faire une opinion sans parti pris.

Voici par exemple trois phrases que nos responsables politiques répètent souvent pour en faire des vérités :

1) Le nucléaire français est une énergie peu chère

Cette assertion répétée depuis des dizaines d’années se base sur le prix de l’électricité actuellement constaté en France, comparé aux d’autres pays européens ayant peu ou pas d’électricité d’origine nucléaire. Elle s’appuie donc sur une analyse de court-terme, celle de l’instant présent.

Toutefois, cet énoncé oublie, plus ou moins sciemment, l’analyse de long-terme, celle des instants à venir. Or, sur ce point, le doute est permis.

Tout d’abord, il est encore très difficile d’établir avec certitude un chiffrage précis du démantèlement des centrales nucléaires et du traitement des déchets nucléaires. Les entreprises impliquées (EDF, Areva) ont naturellement tendance à sous-évaluer le coût pour éviter de déprécier leurs bilans. Il suffit de considérer le fiasco financier de l’EPR pour imaginer l’ampleur de l’écart entre le coût annoncé et le coût réel de l’arrêt définitif d’une centrale nucléaire.

Ensuite, les présidents successifs d’EDF appellent régulièrement à une augmentation accélérée du prix de l’électricité, plus rapide que l’inflation, plus rapide que dans les autres Etats européens, pour tenir compte justement des coûts futurs.

Enfin, ces coûts ont naturellement tendance à croître puisque les impératifs de sécurité, notamment contre les menaces terroristes et climatiques, poussent à les autorités de sûreté à durcir les exigences et les protections entourant les centrales, ce qui engendre nécessairement une hausse du coût. N’en déplaise à certains responsables politiques, il n’y a pas que le tsunami comme catastrophe naturelle. A cet égard, on ne peut que constater les multiples problèmes posés par l’état des centrales en France.

Par ailleurs, force est de constater que de tels risques sont moindres dans le cas d’un champ de panneaux solaires ou d’une série d’éoliennes.

2) Le nucléaire français est leader dans le monde

Il s’agit ici plus d’un mythe français que d’une contrevérité. Néanmoins, les différents chantiers actuellement en vigueur pour construire ce fameux EPR, centrale de 3e génération (Olkiluoto en Finlande et Flamanville en France) ont enregistré de tels surcoûts et de tels retards, qu’ils sont plus le reflet de l’amateurisme et de l’aventurisme français que d’une expertise ou une ambition française dans ce domaine.

Certes, la Chine, visiblement, se débrouille mieux pour mettre en place de tels prototypes. Mais, justement, le fait que ce soit la Chine, et non les groupes français qui tirent leur épingle du jeu ne peut manquer d’interpeller.

Que dire d’ailleurs de l’appel d’offres perdu à Abu Dhabi et remporté par un groupe coréen ? C’est bien la preuve que notre filière nucléaire n’est plus leader dans le monde.

Pour plus d’infos, voici l’enquête du Monde (ici)

3) La France doit abandonner le nucléaire très vite

Lors de l’adoption de la loi de transition écologique, certaines personnalités s’étaient émues que la transition vers moins de nucléaire soit programmée pour une date si lente, et sans perspective définitive (moins de 50% pour 2025). L’absence d’expertise fiable empêche à cet égard d’apprécier avec justesse le délai proposé. Certains trouveront que c’est trop rapide, d’autres trop lent.

Toutefois,il est possible de constater que l’Allemagne qui a pris la décision « courageuse » de sortir du nucléaire immédiatement après l’accident de Fukushima, a provoqué la ruine de plusieurs de ses entreprises énergétiques, et a du recourir au charbon en compensation. Est-ce que la planète et le climat y ont gagné ? Ce n’est pas certain.

En tout cas, il serait peut-être temps d’en débattre avec nos chers voisins, qui apprécient de moins en moins que nous exposions à proximité d’eux une énergie susceptible de provoquer d’importants dégâts en cas de catastrophe chez nous.


Sur un thème voisin : Alstom, symbole de la fin du triple A industriel français

Retrouvez sinon les différents enjeux pour les élections françaises de 2017 : ici

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