Europe : une puissance internationale ?

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(Drapeaux décolorés – Nuit Blanche 2010 – Paris, France)

L’Union européenne est fondée sur le droit pour préserver la paix sur le continent. Inutile de rappeler encore que cet objectif est une singulière réussite, tellement d’ailleurs que plus personne ne le prend aujourd’hui véritablement en compte. Sa construction en fait une puissance post-moderne.

Or, l’Union, fille du droit et de la paix, se retrouve confrontée sur la scène internationale aux politiques des autres puissances qui s’appuient principalement sur leurs intérêts en l’assumant plus ou moins. Dans une comparaison qui fit florès, R. Kagan associa l’Union européenne à Vénus, déesse de l’amour, et les Etats-Unis à Mars, Dieu de la guerre. Là où la première serait l’incarnation de la faiblesse, les seconds seraient le symbole de la force. Malgré son aspect caricatural, cette représentation a suffisamment rencontré d’écho pour être examinée avec plus d’attention.

Il est vrai, à première vue, que ne disposant pas d’armée propre, l’Union peut sembler faible sur la scène internatinonale.

A cet égard, l’Union est un archipel de positions diverses et inconciliables sur cette question. Il y a les Etats qui n’ambitionnent que leur neutralité (Suède, Irlande, Autriche). Il y a les Etats qui ne recherchent que la protection d’une puissance étrangère, de préférence américaine (l’ensemble des pays d’Europe de l’Est). Il y a les Etats qui ne veulent pas se mêler du monde extérieur (Allemagne, … ) Il y a les Etats qui ne disposent presque plus d’armées (Espagne, Italie). Et enfin, il y a les Etats qui disposent d’encore quelques ressources mais préfèrent se concentrer sur l’objectif de réductions des déficits (France et Royaume-Uni).

Cette stratégie éclatée atteint d’ailleurs de si grands résultats dans la non-défense, que régulièrement, les Etats-Unis sont obligés de rappeler les Etats membres à leurs devoirs communs à l’OTAN. En effet, qu’on soit pour ou contre l’Alliance atlantique, être membre d’une alliance militaire créé certaines obligations. A quoi servirait-il qu’en cas d’agression, seuls les Etats-Unis soient à même d’envoyer des troupes de soutien ? Une défense commune impose des armées pour s’entraider. Bon nombre l’oublient ou feignent de l’oublier.

Toutefois, l’armée ne constitue pas qu’un des aspects de la puissance sur la scène internationale.  Bien d’autres paramètres entrent ainsi en ligne de compte. A cet égard, l’Union européenne, c’est cinq membres du G20, deux des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, 28 Etats, 500 millions de personnes, la première puissance économique mondiale. Et l’Union européenne sur la scène internationale, c’est quoi ?

Pour des raisons historique et pratique, l’Union européenne a depuis longtemps privilégié la voie du soft power, c’est-à-dire la voie du dialogue, de l’exemplarité, le pouvoir de convaincre sur celui de contraindre. L’Union exporte ainsi avec succès ses normes et son modèle d’organisation.

Pourtant, c’est une réalité, l’Union européenne pèse trop peu sur les principaux enjeux et conflits de notre monde.

Qu’effectivement la sensibilité de certains sujets puisse paralyser l’action de l’Union européenne est pour l’heure un élément que l’on doit prendre en compter. Ainsi, l’Union se retrouve incapable d’intervenir dans le conflit israélo-palestinien, sur le sort de la Syrie ou sur les droits de l’homme en Chine. A l’heure où aucun Etat ne veut voir sa position déterminée par les autres, cette solution transitoire doit être temporairement acceptée.

Néanmoins, l’Union européenne s’avère tout aussi incapable d’imposer sa voix sur des sujets consensuels entre Etats membres. L’Union européenne s’abaisse régulièrement devant des pays pourtant bien moins puissants qu’elle. Ainsi, a-t-on pu voir récemment l’Union déposer convictions et armes devant une Turquie toujours plus menaçante. Que dire sinon de l’absence totale de leadership européen sur la question de la lutte contre le changement climatique ? La presse a plus fait écho à l’accord bilatéral Etats-Unis/Chine qu’aux objectifs européens, alors même que ceux-ci sont beaucoup plus ambitieux.

On a aussi vu l’Union incapable d’assurer la protection de la baleine. Cet exemple est peut-être le plus criant car l’Union subventionne au titre de l’aide au développement de nombreux pays, qui bénéficiant temporairement d’une aide par le Japon, ont préféré soutenir la position de ce dernier plutôt que celle de l’Union (ici) !

Que dire d’ailleurs de l’humiliation absolue qui a vu la reconnaissance de l’Union au niveau de l’Assemblée générale des Nations-Unies être d’abord rejetée en 2010, faute de lobbying efficace et coordonné de ces membres ? Là encore, de nombreux pays alimentés financièrement par l’Union ont contribué à ce camouflet.

Par ailleurs, l’absence de position de l’Union européenne est notamment due à la multiplicité des acteurs censés porter la parole de l’Union : un président du Conseil européen, un président de la Commission européenne, une haute représentante pour les affaires étrangères et un président du Parlement européen. Résultat, pour récupérer le Prix Nobel de la Paix attribué à l’Union, ils étaient trois… L’Union a longtemps manqué d’un numéro de téléphone, voilà désormais qu’elle dispose d’un annuaire entier !

Enfin, grand apôtre du soft power, l’Union européenne semble parfois se plaire à oublier qu’un soft power véritablement crédible, selon la pensée de son concepteur J. Nye, ne peut exister sans disposer à côté d’un hard power tout aussi développé. L’Union européenne ne pourra repousser éternellement la question d’une complétude de sa puissance

Dans tous les cas, des palliatifs sont possibles à court terme : une plus grande coordination entre Etats membres sur les sujets d’intervention de l’Union et une représentation unique de l’Union au niveau international.

De telles réformes permettraient à l’Union européenne d’exister sur la scène internationale de manière cohérente et reconnue. Elles poseraient les premiers jalons de son avenir : une puissance enfin respectée sur la scène internationale. Ce n’est plus, il faut l’espérer, qu’une question de temps.


Sur ce thème, voir aussi Europe de la défense : à l’attaque ? et Trump : une chance pour l’Europe ?

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